Plaidoyer pour une mise en œuvre rapide de la transition énergétique

Nous sommes quotidiennement les témoins effrayés d’images de catastrophes climatiques observées sur de nombreux continents ; leur intensité et leur fréquence surprennent et inquiètent tous les experts.

Pour le GIEC, nous disposons d’une dizaine d’années pour engager la transition énergétique indispensable permettant de contenir le réchauffement climatique sous les 2°C espérés.

Ces délais sont encore plus réduits pour certains domaines de la biodiversité (abeilles notamment…).

Or, cette urgence ne semble pas susciter  l’écho politique auquel on s’attendrait.

Donc de 2 choses l’une, ou bien ces prévisions sont contestables et il faut dire en quoi, par qui et quels sont les scénarii opposables; ou bien elles sont  jugées  valides … et dans ce cas, qu’attendent les dirigeants politiques pour mobiliser  l’ensemble des citoyens afin d’engager au plus vite la transition énergétique indispensable?  Tous savent bien qu’elle est techniquement possible si la volonté politique est là.

Qu’observe-t-on au contraire? Un grand calme, affiché au moins, devant ce défi auquel l’État français, notamment, ne donne pourtant qu’une place très secondaire, loin ,  par exemple, du » grand débat », des  »gilets jaunes », des élections européennes ou du Brexit…

Tout se passe comme si l’extrême complexité du problème et les risques courus (notamment ceux courus par tout pays se lançant en solo) d’une part et le désengagement des USA de l’Accord de Paris, le silence de la Chine, emmurée, la difficulté à penser l’articulation entre économie libérale et écologie d’autre part….avaient contribué à  annihiler toute capacité des États à concevoir une réponse adaptée à cette menace.

Comme s’il s’agissait de n’importe quel autre problème de gouvernance, chacun  se replie sur son territoire afin de garder la maitrise des solutions  politiques, économiques et techniques ainsi que leur calendrier ; or la nature même des menaces et leurs conséquences (hausse des niveaux des océans, migrations climatiques,  pollutions de l’air et des eaux, destructions des éco systèmes) exigent des actions puissantes multinationales et coordonnées.

C’est au moment » historique », où il nous faut avoir une vision planétaire, « terrienne » de notre avenir , que de plus en plus de dirigeants s’obstinent à penser  » local « . Pourtant, avec la COP 21 a été testée, et jugée très positive, l’amorce d’une « gouvernance mondiale pour le climat », dont on mesure aujourd’hui à quel point elle nous  serait nécessaire.  Et il est regrettable que pour assurer l’implication, en apparence au moins, des nations les plus « pollueuses », on ait privé cet accord de l’instrument indispensable à son déploiement dans le temps, à savoir un éventail de sanctions à l’encontre des pays qui n’afficheraient pas des ambitions à la hauteur des enjeux ou ne respecteraient pas leurs engagements.

Et c’est à cette écologie « non punitive », consensuelle, qu’on s’est arrimés depuis la COP 21; par une politique des « petits pas », de « demi mesures » à laquelle Nicolas Hulot a justement  démontré qu’elle n’était pas » à la hauteur des enjeux ».

Aujourd’hui les français commencent à se saisir du problème et à rejoindre  la mobilisation mondiale naissante des opinions publiques, pour dire leurs inquiétudes et pousser l’État à prendre des mesures. Ils le font avec quelque retard qui s’explique en partie  au moins par le fait que notre pays a jusqu’ici été épargné par les catastrophes climatiques.

Les jeunes générations se mobilisent  aussi car elles savent qu’elles seront en 1ere ligne lors des grands bouleversements climatiques attendus et qu’elles  n’ont qu’une confiance limitée dans la volonté et la capacité d’action du gouvernement.  En témoigne la signature de plus de 2 millions de français à l’appel « affaire du siècle » et les poursuites engagées contre l’État français  pour inactivité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Lorsque sera conclu le « grand débat » et achevée la campagne des européennes, le pouvoir devra se positionner clairement sur cette urgente question « climat ». 

La responsabilité de l’activité humaine dans les causes du  réchauffement  est connue ; les solutions aussi ; c’est la volonté politique qui paraît faire défaut.

Si l’État décide de s’engager dans cette bataille pour « la survie de notre planète », de quelle marge de manœuvre pourrait-il disposer pour répondre à la fois à la menace climatique annoncée et à la pression de l’opinion publique ? Deux stratégies semblent possibles.

 Il  pourrait, en prenant appui sur le capital d’image acquis à l’occasion de la Cop21,  se lancer dans l’aventure en essayant dès le début d’entrainer d’autres nations, européennes de préférence, dans une sorte   »d’avant-garde internationale »pour une transition énergétique audacieuse.

Mais les risques politiques de cette option sont importants ; d’abord parce que  les mesures radicales à imposer, très vite,  se heurteraient inévitablement à des intérêts industriels très puissants, à ces lobbies dont on sait l’influence.

Ces mesures, en outre ,  bouleverseraient tous les équilibres économiques, sociaux et culturels que nous connaissons et jusqu’à nos modes de vie les plus ancrés; ce qui pourraient entrainer d’importants conflits sociaux. Les populations y sont-elles prêtes? Et le pouvoir aurait il la légitimité suffisante et l’autorité pour conduire cette sorte de « révolution »?

 C’est vers une 2ème option que le pouvoir, conscient de la très grande difficulté et des  multiples risques à affronter pour engager une telle transformation, semble aujourd’hui s’engager: c’est la foi assumée dans la science pour sauver la planète et par conséquent la poursuite de  la politique « des petits pas » . Il est probable qu’Il continuera à soutenir pour cela les innovations technologiques et les solutions d’ingénierie qui éclosent un peu partout dans le monde ; elles sont  nombreuses (mix énergie, éoliennes offshore, hydrogène…) mais on ignore à quelle échéance elles connaitront leur pleine efficacité.

Cette option comporte aussi des risques politiques importants si des résultats significatifs n’étaient  pas rapidement constatés quant au ralentissement effectif du réchauffement climatique ; une forte colère populaire pourrait alors exiger des comptes lorsque les bouleversements climatiques prévisibles toucheront le pays.

Ce qui est certain c’est que, le moment venu, quelles que soient les options retenues par l’État, une puissante mobilisation des opinions publiques française, européenne et internationale sera indispensable, soit pour les contester, soit pour  les soutenir. Pour agir efficacement sur le débat et les stratégies à engager, cette mobilisation ne pourra se contenter de quelques manifestations.

Il lui faudra se doter de quelques instruments de pression pour accélérer la transition énergétique; ceci à 3 niveaux:

– Rôle actif des populations : éducation collective à une consommation vertueuse des biens et services; soutien aux circuits courts, boycott touristique et commercial  des pays ayant une action insuffisante contre le réchauffement climatique ; réduction drastique de la consommation de bovins…

Rôle des acteurs politiques : boycott dans toutes les élections, des partis et mouvements politiques qui ne placent pas l’écologie au centre de leur programme.

Encadrement juridique : pétition mondiale adressée au secrétaire général de l’ONU, pour la constitution d’un Tribunal pénal international pour le climat ce qui suppose la rédaction préalable d’une base juridique internationale pour la protection  de l’environnement.

Certains trouveront ces propositions quelque peu utopiques.

Ce qui  est utopique, c’est de s’en remettre à la science seule pour sauver la planète.

Jacques Etchéhéguy. Sociologue. Paris


5 réflexions sur “Plaidoyer pour une mise en œuvre rapide de la transition énergétique

  1. Je peux comprendre ton inquiétude. Cependant je risque d’être rabat-joie, le boycott des élections est inutile car ta voix n’est pas prise en compte seulement ceux qui choisissent un candidat sont considérés. De plus, je ne crois absolument pas à un tribunal international du climat quand on sait qu’un violeur ne sera jamais inquiété pour des raisons de territoires et de nationalité.

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    1. Il ne s’agit pas d’être invisible en effet lors d’élections mais bien au contraire ne voter que pour le programme dont l’écologie est le phare. Il ne s’agit plus d’être à droite à gauche ou au centre mais pour le candidat le plus engagé dans la protection de la terre. Enfin je prends la parole pour l’auteur de cet article que je ne suis pas.

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      1. Dans ce cas, je comprends mieux le concept. Cependant si l’écologie est importante, la vie quotidienne l’est plus. Donc le parti devra prendre en compte cela pour avoir davantage d’électeurs.

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      2. Bah le principe c’est justement d’intégrer dans nos petits cerveaux reptiliens que pour avoir un quotidien plus facile il faut être ecolo sinon on reste en prise avec le monde industriel et ses règles

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  2. Oui en effet ! Je suis pessimiste de nature, surtout lorsque il faut que chacun prenne conscience que c’est déjà demain ! C’est aujourd’hui que nous devons radicalement changer nos habitudes et façons de penser et c’ Aujourd’hui que nous devons changer. Mon pessimisme concerne justement cette obligation pour les humains de changer; c’ Une obligation, ça doit être un profond désir. Et c’est bien là le problème ! Personne où peu de gens veulent changer. Nous sommes parvenus à un tel point de consumérisme que nous ne voulons pas revenir en arrière et se tourner vers la modération et encore moins se priver de ce dont nous avons joui à outrance ! Nous avons joui des bienfaits que nous a offert notre planète jusqu’à la détruire, nous nous sommes servis avec une telle voracité de notre terre notre seule maison, et de tous les animaux qui la peuple et avons asservis d’autres peuples jusqu’à la lie. Et, nous avons endormi nos consciences. J’ose espérer un encore possible pour une restauration de nos mentalités et de notre terre.

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